Le pied ! Une exclamation de jouissance dans la langue qui m’a occupé depuis l’institution maternelle, celle qui n’est pas ma mère. Ou celle qui est ma deuxième mère. La seconde d’une seconde.
Une tension me rapporte au pied. A cette partie du corps qui marche et écrit (Ibn ‘Arabi disait qu’on parlait avec la main et qu’on écrivait avec le pied). Tension qui se performe dans le tact avant la vue. Au-delà ou en-deçà de toute interprétation psychologique, c’est l’effet du mot qui se heurte au bloc d’une autre langue et y laisse une fêlure qui ne cesse de se propager. Un coup de pied.
Psychologiquement, mon fétichisme le plus intime qui me lie à mon sexe, (Pied, RiJL, R.J.L., RaJeL, RaJouL (homme)) par une série de traductions de sens ou de sons. Par une série de trahisons et d’incestes. De traductions incestueuses. De rapports à mes mères feintes par le biais d’autres mères. Et ce mot devient géant, un monstre, une chose, un anneau m’entourant et me déversant ses charges électriques à la vue de chaque pied (grec ou égyptien, il est intéressant d’avoir lié à des civilisations, donc sédentaires, qui sont concernées par les mains plutôt, le genre de pied).
Mais passé le stade des sentiments, des pulsions inconscientes, des refoulements et des dénégations. Reste le mot, la chose, le monstre : Le pied ! Toujours à donner ses coups à la langue. Toujours à me donner la jouissance d’écrire de réécrire et de pendre la langue à la langue. Et une langue pendue ne parle pas, elle s’écrit à coups de pied.
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vendredi 14 janvier 2011
jeudi 6 janvier 2011
#2
(à Maurice Blanchot)
Il jouait dans la cour derrière la maison. Il vit une dinde suivie, dans un ordre militaire, par ses poussins. Le dernier poussin n’avait pas de plumes sur sa gorge. Il s’approcha de lui et le prît dans ses mains pour le caresser. La horde était là : son cousin, et ses deux cousines. L’une s’approche de lui et murmure : « Misère ! Tu as touché le poussin malade ! Tu vas mourir cette nuit ! »… Puis, avec une voix plus aigue et tranchante : « Un enfant avant toi avait touché ce poussin. Tu sais ce qui lui est arrivé ? Eh bien le soir ; à minuit, il a perdu sa chair. Elle tombait par terre alors qu’il criait de douleur jusqu’à ce que mort s’en est suivie…Et tu sais quoi ? Il va t’arriver la même chose ! » L’enfant, terrorisé, courut à la maison… Dans la cuisine, il trouva la grande cousine. « Celle-là ne peut pas me mentir ! » se dit-il. Alors il lui raconta ce qui est arrivé.
« Tu as touché le poussin sans plumes sur la gorge ! Malédiction ! Il a le cancer ! » Ce dernier mot sonnait dans sa tête comme un glas. Il attendit alors minuit en sanglots. Peut-être qu’il s’est endormi avant. Le lendemain, c’était déjà quelqu’un d’autre.
Il jouait dans la cour derrière la maison. Il vit une dinde suivie, dans un ordre militaire, par ses poussins. Le dernier poussin n’avait pas de plumes sur sa gorge. Il s’approcha de lui et le prît dans ses mains pour le caresser. La horde était là : son cousin, et ses deux cousines. L’une s’approche de lui et murmure : « Misère ! Tu as touché le poussin malade ! Tu vas mourir cette nuit ! »… Puis, avec une voix plus aigue et tranchante : « Un enfant avant toi avait touché ce poussin. Tu sais ce qui lui est arrivé ? Eh bien le soir ; à minuit, il a perdu sa chair. Elle tombait par terre alors qu’il criait de douleur jusqu’à ce que mort s’en est suivie…Et tu sais quoi ? Il va t’arriver la même chose ! » L’enfant, terrorisé, courut à la maison… Dans la cuisine, il trouva la grande cousine. « Celle-là ne peut pas me mentir ! » se dit-il. Alors il lui raconta ce qui est arrivé.
« Tu as touché le poussin sans plumes sur la gorge ! Malédiction ! Il a le cancer ! » Ce dernier mot sonnait dans sa tête comme un glas. Il attendit alors minuit en sanglots. Peut-être qu’il s’est endormi avant. Le lendemain, c’était déjà quelqu’un d’autre.
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